Sinon ?

Au doux rythme de Yusra

Publié
30.06.2019

Qui a dit qu’étudier la médecine ne laissait plus de place à la créativité? Un cliché loin de la réalité de Yusra Khoyrattee. La lauréate de VizionMoris, le concours photo de Bagatelle Mall, aime prendre son temps. Focus sur un talent apaisant de 19 ans.

Sinon ?

(D’une voix à peine audible) Je suis un peu intimidée…

L’autoportrait publié sur ton compte Instagram décrit « une introvertie ayant une très faible estime d’elle-même ». Même après la reconnaissance de VizionMoris ?

Ce concours m’a fait du bien, c’est certain. J’ai moins peur du regard des autres, de leurs critiques. À la maison, j’ai gagné ma légitimité. Mes frères ne me disent plus ce que je dois faire…

Vision Moris

– de Yusra Khoyrattee pour VizionMoris

Souillac

– Yusra Khoyrattee pour VizionMoris

C’est-à-dire ?

J’aime bien promener mon appareil photo chez moi. Mais ce que j’aime encore plus, c’est la liberté de capturer ce qui me plaît – ma mère en cuisine, une main, un bout de ciel. Avant, mes frères et mes cousins ne comprenaient pas toujours ma démarche. Ils me disaient : « Ki to pe fer ? Tir mo foto ! ». Aujourd’hui, ils me laissent faire. Je suis devenue à leurs yeux une vraie photographe (large sourire).

« Ce que j’aime dans la photo, c’est prendre le temps. Pour saisir une émotion, offrir une respiration. »

Ton œil à toi a saisi un planteur entre les Trois Mamelles et le Pouce. Comment cette image a-t-elle germé ?

L’homme, c’est mon frère Zeeshan. Il sème du giraumon au coucher du soleil. On est à l’Avenir, mon village, karo la pou mo papa. Je suis restée un long moment à observer Zeeshan, j’ai attendu qu’il m’oublie. Je voulais une pose naturelle, candide.

Entre le portrait et le paysage…

Faire des choix, c’est compliqué pour moi. Et puis, j’ai besoin de mettre de l’humain dans mes photos. Les jolis paysages, qu’est-ce que ça raconte ? C’est superficiel, c’est juste une surface. Mona Lisa ne m’intéresse pas. La photographier ne me viendrait même pas à l’idée. Une foule de touristes qui le fait, là, ça devient intéressant… (Elle s’interrompt) Je me souviens d’une sortie scolaire à la Vallée des Couleurs. Mes copines sortaient leur smartphone toutes les deux minutes, mais moi, rien ne m’inspirait. En partant, je suis tombée sur un cleaner qui ramassait des feuilles mortes. Il dégageait quelque chose de fort, difficile à exprimer. J’avais mon sujet…

Ou comment vaincre sa timidité grâce à la photographie…

C’est vraiment ce qui s’est passé pour moi. Divan mo lakaz, ena enn zoli karo ek enn misie ki pe travay la. Un jour, j’ai osé l’aborder pour le prendre en photo. Il a accepté, on a fait connaissance. Ce moment a été un déclic. Depuis, j’ai moins peur des gens. La photographie est un peu mon chemin vers l’autre, une façon de construire des ponts.

Du pont, que voit-on ?

Les subtilités cachées. Toutes ces petites choses que l’on regarde sans jamais les voir vraiment. C’est l’un des pouvoirs de la photographie : aiguiser le regard.

Notre regard n’est-il pas saturé d’images ?

Si. Mais fait-on de la photo sur les réseaux sociaux ? On shoote, on mitraille des selfies, c’est autre chose. Ces images, personne ne les regarde vraiment. On like, on passe à une autre, puis encore une autre… C’est le monde d’aujourd’hui et c’est le mien aussi. Des fois, je me dis qu’on est parti un peu trop vite vers le futur, sans réfléchir. On ne sait plus arrêter le temps, ou juste le ralentir. Moi, c’est ce que j’aime dans la photo : prendre le temps. Pour saisir une émotion, offrir une respiration.

Publié 30.06.2019

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